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Salvador Dalí

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Salvador Dalí
Salvador Dalí photographié par Carl van Vechten, le 29 novembre 1939.
Salvador Dalí photographié par Carl van Vechten, le 29 novembre 1939.

Nom de naissance Salvador Domingo Felipe Jacinto Dalí i Domènech[1]
Activité(s) Peinture, dessin, sculpture, photographie, écriture
Naissance 11 mai 1904
Flag of Spain (1785-1873 and 1875-1931).svg Figueres, Catalogne, Espagne
Décès 23 janvier 1989
Flag of Spain.svg Figueres
Mouvement(s) Cubisme, Surréalisme
Formation Académie royale des beaux-arts de San Fernando
Œuvres principales

Salvador Domingo Felipe Jacinto Dalí i Domènech, 1er Marquis de Púbol, connu sous le nom de Salvador Dalí, né le 11 mai 1904 – mort le 23 janvier 1989 était un artiste-peintre surréaliste, sculpteur et un scénariste (cinéma) espagnol. Il est né et mort à Figueras, en Catalogne, où il créa d'ailleurs son propre musée en 1974, le Teatre-Museu Gala Salvador Dalí.

 

Biographie [modifier]

Naissance le 11 mai 1904 à Figueras de Salvador Felipe Jacinto Dalí, fils de Felipa Domènech Ferrès (1874-1921) et de Salvador Dalí y Cusi (1872-1950), notaire. Son enfance se partage entre Figueras, Barcelone et Cadaqués où son père possède une maison. Cette région de l'Empurdan aura une influence majeure sur son inspiration picturale tout au long de sa vie. Il naît moins d'un an après la mort (par gastro-entérite infectieuse) d'un premier fils (né le 12 octobre 1901 et mort le 1er août 1903), prénommé lui aussi Salvador[1]. Ce frère ainé dont il porte le même nom sera un double obsédant durant toute sa vie et son œuvre : « Je naquis double. Mon frère, premier essai de moi-même, génie extrême et donc non viable, avait tout de même vécu sept ans avant que les circuits accélérés de son cerveau ne prennent feu »[2] .

L'intérêt du jeune Dalí pour la peinture commence très tôt, il est encore stimulé par la fréquentation d'une famille d'artistes catalans, les Pitchot, dont est issu Ramon Pitchot (1872-1925), peintre impressionniste[3].

En 1921, il entre à l'École des Beaux-Arts de San Fernando de Madrid. Cette période estudiantine est l'occasion de se lier avec Federico García Lorca et Luis Bunuel. Les rapports avec ses professeurs et ses condisciples (qu'il méprise comme il l'écrira plus tard) sont houleux. Après plusieurs frasques (dont une arrestation en 1923 pour anarchisme) il est finalement exclu de l'école en 1926 après une ultime provocation (il refuse de répondre à la question d'un professeur, estimant qu'il n'avait rien à lui apprendre[4]).

Sa jeune sœur Anna-Maria lui sert souvent de modèle à cette époque, posant souvent de dos, devant une fenêtre[5].

Salvador Dalí et Man Ray à Paris en 1934, photo par Carl Van Vechten, photographe américain

Un premier voyage à Paris en 1926 est l'occasion de rencontrer Picasso qu'il ne cessera jamais d'admirer. Cette même année, Miro vient lui rendre visite à Cadaques[3].

En 1929, Dalí retourne à Paris pour coréaliser Un chien andalou avec son ami Luis Bunuel, puis se brouillera avec lui après L'Âge d'or. Mais c'est surtout l'occasion de la rencontre essentielle avec le groupe des surréalistes : Tristan Tzara, Louis Aragon, André Breton, Paul Éluard… Ce même été, un groupe de surréalistes lui rend visite à Cadaqués, Paul Éluard est accompagné de son épouse Hélène (Gala)[3]. C'est un coup de foudre, Dalí et Gala ne se quitteront plus. En décembre, en raison de sa liaison avec une femme mariée et de la légende d'une gravure mal interprétée par sa famille, Salvador Dalí se brouille profondément avec son père et sa sœur Anna-Maria[5].

En 1930, ne pouvant s'installer à Cadaquès même en raison de l'hostilité paternelle, Dalí et Gala achètent une minuscule maison de pêcheur à quelques kilomètres de Cadaquès, au bord de la mer, dans la petite crique de Port Lligat[3]. Au fil des ans et de sa fortune, il ne cessera d'augmenter sa propriété, dont le paysage sur la petite crique deviendra une référence picturale permanente dans l'œuvre du peintre.

Les premiers mois pourtant sont difficiles, ses toiles se vendent mal et le couple vit de peu. Mais les vaches maigres dureront peu, et le peintre se fait connaître. À Paris, il fréquente autant les dîners mondains que les cercles surréalistes[4]

Dalí et Gala débarquent pour la première fois à New York en 1934[3] (C'est Picasso qui lui paya son voyage[5]). Les Américains sont subjugués par l'excentricité du personnage et les audaces d'un surréalisme qu'ils ne connaissaient alors presque pas. En décembre 1934 à Paris, à l'issue d'une réunion mémorable, Dalí se fait exclure du mouvement surréaliste par André Breton qui lui reproche ses idées contre-révolutionnaires.

En 1936, Dalí est en Catalogne quand il doit fuir son pays en pleine guerre civile. Il pleure Garcia Lorca qui n'a pas sa chance, assassiné à Grenade le 18 août 1936.

Grâce à son ami Stefan Zweig en 1938, Dalí rencontre à Londres Sigmund Freud qu'il admire depuis longtemps et dont les travaux ont inspiré ses propres recherches picturales sur les rêves et l'inconscient[4].

En 1939, Dalí quitte Paris pour New York où il restera pendant les années de guerre en Europe. Il s'intègre parfaitement à la haute société new-yorkaise, peint de nombreux portraits de riches Américains, participe activement à la vie théâtrale avec de grandes peintures murales, réalise ses premiers bijoux, et s'intéresse au cinéma, en particulier aux Marx Brothers, à Walt Disney, à Alfred Hitchcock[5].

En 1948, Dalí revient enfin chez lui à Port Lligat, qui deviendra sa résidence principale jusqu'à la mort de Gala en 1982. Il partagera désormais son temps entre ses périodes de création à Port Lligat et sa vie médiatique à Paris, Rome ou New-York. Au cours des années 50 et 60, il met en scène le personnage qu'on connaît, trublion excentrique et incontournable de la vie parisienne puis médiatique.

En 1969, Dalí achète et fait restaurer le château de Púbol, dans la campagne catalane. Moins exposé au public que Port Lligat, ce sera le château-refuge de Gala.

Salvador Dali en 1972

Le Théâtre-musée Dalí est inauguré à Figueras le 28 septembre 1974.

En 1982, le roi d'Espagne le nomme Marquis de Dalí de Púbol.

Le 10 juin 1982 Gala meurt dans la maison Port Lligat. Profondément affecté par le décès de sa muse, Dalí ne reviendra pas à Port Lligat. Il vit d'abord à Púbol, où il peint son dernier tableau, La queue d'aronde, mais il y est victime de l'incendie de sa chambre en 1984 dans lequel il est grièvement brûlé. Il finit ses jours dans l'appartement de la Torre Galatea, attenant au théâtre-musée de Figueras, et meurt à l'hôpital de Figueras le 23 janvier 1989[1].

Conformément à sa volonté, il se fera embaumer puis exposer dans son « Teatre-Museu », où il repose désormais. Une simple pierre indique le lieu de sa sépulture. Par testament, il lègue une grande partie de ses biens et de son œuvre au gouvernement espagnol.

Son œuvre [modifier]

L'œuvre picturale [modifier]

Le personnage turbulent a parfois fait oublier l'important travail du peintre. Dalí fut pourtant un peintre méticuleux et acharné, concevant longuement ses toiles et les réalisant avec un soin qu'il voulait proche de ses maîtres classiques, Raphaël ou Vermeer.

Les influences [modifier]

Plus que tout autre, la Renaissance italienne fut pour Dalí une référence permanente et indispensable. S'il se considérait comme le meilleur dessinateur de son époque, il reconnaissait que ses dessins « ne valent à peu près rien » face aux grands maîtres de la Renaissance[6]. Admirateur de Léonard de Vinci (chez qui il trouve les racines de sa méthode paranoïacritique[7]), il porta longtemps Raphaël au pinacle, proclamant qu'il était le seul contemporain capable de le comprendre[8]. Vers la fin de sa vie, les personnages de Michel-Ange prirent une part considérable dans sa production picturale. Il eut aussi toute sa vie pour Velasquez une admiration sans borne[2]. Vermeer fut un autre phare, dont il chercha longuement à imiter la technique, et il y parvint parfois[9].

Il subit très jeune l'influence impressionniste par la proximité de la famille Pitchot dont Ramon Pitchot (1872-1925), peintre impressionniste[3] fut l'un des premiers impressionnistes catalans[3]. Il admirait Renoir mais détestait Cézanne (« le plus mauvais peintre français »[10]).

Il ne cessa de vanter Meissonier (« un véritable rossignol du pinceau »[10]), dont il moquait le manque de génie mais dont la technique incroyablement méticuleuse l'impressionnait. Picasso fut une sorte de grand frère qui lui fit bon accueil quand il arriva à Paris. Dalí chercha toute sa vie à se confronter à lui, seul artiste contemporain dont il reconnaissait un génie au moins égal au sien[4].

Les premières toiles [modifier]

Les premières peintures conservées montrent un réel talent précoce, dès l'âge de 6 ans[5]. Ses premiers portraits de sa famille à Cadaques ont déjà une force picturale étonnante, notamment impressionniste. Jouant sur la matière, il mélangea un temps des graviers à la peinture (Vieillard crépusculaire, 1918). Durant son passage à l'académie des beaux-arts de Madrid, il regretta le manque de formation théorique[4]. Commence alors une époque d'influences diverses, le jeune Dali s'imbibant comme une éponge des diverses techniques : pointillisme (Nu dans un paysage, 1922), cubisme (Autoportrait cubiste, 1923 ; Mannequin barcelonais, 1927), Picasso (Vénus et un marin, 1925)...

Le surréalisme [modifier]

La rencontre déterminante avec le surréalisme libère son extraordinaire puissance créatrice. Il subit l'influence de René Magritte mais acquiert vite un premier propre (Le miel est plus doux que le sang, 1926 ; Cenicitas, 1928). Son œuvre sera désormais remplie d'allusions personnelles, souvent cryptées, qu'il réutilise à son gré comme la figure obsédante du Grand masturbateur qu'il utilise de nombreuses fois en 1929 (Portrait de Paul Éluard, 1929 ; Le Grand masturbateur, 1929)

La méthode paranoïacritique [modifier]

Le thème de l'image double, voire multiple s'installe rapidement à partir des années 30, il y restera attaché pendant l'essentiel de sa carrière. L'œil génial de Dali perçoit dans une image anodine, une autre image qu'il utilise comme support pour troubler la réalité et le sens de la toile ; L'Homme invisible (1929) en est le premier exemple. Jusqu'à la fin de sa carrière, il s'attachera à jouer avec l'œil du spectateur (Cinquante images abstraites qui vues à 2 yards se changent en trois Lénine masqués en chinois et qui vues à 6 yards apparaissent en tête de tigre royal, Le Torero hallucinogène, Gala regardant la mer Méditerranée qui à vingt mètres se transforme en portrait d'Abraham Lincoln - Hommage à Rothko)

L'Après-Guerre [modifier]

Le nombre des œuvres diminue mais Dalí passe encore ses hivers à Port-Lligat à peindre souvent une grande œuvre par an et d'autres toiles moins ambitieuses. C'est l'époque de la La Madone de Port Lligat (1950), Christ de Saint Jean de la Croix (1951), Corpus hypercubus (1954), La Pêche aux thons (1967) et Le Torero hallucinogène (1970).

La Tridimensionnalité [modifier]

Découverte en gare de Perpignan, Dalí se passionnera à la fin de sa carrière à peindre des images doubles à l'effet stéréoscopique. Ces œuvres sont difficilement accessibles à la reproduction, elles sont très nombreuses aux Musée Dalí (Athènes brûle !).

Technique [modifier]

Dali revendiquait une technique très classique, restant fidèle à la peinture à l'huile pour la quasi-totalité de son œuvre peinte. Le travail est presque toujours très minutieux, avec des dessins préparatoires très soignés et une exécution méticuleuse, souvent à la loupe[9]. Certaines œuvres minuscules témoignent d'un véritable talent de miniaturiste (Premier portrait de Gala, Portrait de Gala avec deux côtelettes d'agneau en équilibre sur l'épaule)

Liste chronologique des œuvres picturales majeures [modifier]

Salvador Dalí a peint 1 640 tableaux principalement des huiles sur toile. Les titres et les dates sont issus de l'ouvrage de Gilles Neret et Robert Descharnes[5].

  • 1918 :
    • Vieillard crépusculaire
  • 1919 :
    • Autoportrait dans l'atelier
  • 1920 :
    • Portrait du violoncelliste Ricardo Pichot
  • 1921 :
    • Autoportrait au cou raphaëlesque
  • 1922 :
    • Nu dans un paysage
  • 1923 :
    • L'enfant malade - autoportrait
    • Autoportrait cubiste
  • 1924 :
    • Portrait de ma sœur et personnage picassien opposé
    • Portrait de Luis Bunuel
  • 1925 :
    • Personnage à une fenêtre (Anna Maria)
    • Portrait de mon père
    • Vénus et un marin
  • 1926 :
    • Jeune fille de dos (Anna Maria)
    • Femme couchée
    • Corbeille de pain
  • 1927 :
    • Le Mannequin barcelonais
    • Le miel est plus doux que le sang
    • Corbeille de pain
  • 1928 :
    • Cenicitas
    • L'âne pourri
  • 1929 :
    • Portrait de Paul Éluard
    • Jeu lugubre
    • Le Grand masturbateur
    • L'Énigme du désir : ma mère, ma mère, ma mère
    • L'Homme invisible
  • 1930
    • Dormeuse, cheval, lion invisibles, publié dans le premier numéro du « Surréalisme au service de la révolution », juillet, Musée national d'art moderne, Centre Pompidou, Metz
  • 1931
    • La vieillesse de Guillaume Tell
    • Premier portrait de Gala
    • Feu d'artifice », huile sur étain bosselé, 40 x 65,5 cm, collection particulière[11]
    • Hallucination partielle - six apparitions de Lénine sur un piano
    • Persistance de la mémoire (Les Montres molles)
    • 1932 :
    • Méditations sur la harpe
    • Naissances des plaisirs liquides
    • Œufs sur le plat, sans le plat
  • 1933
    • Le Phénomène de l'extase, photo-collage, première parution dans la revue Minotaure no 3-4, Gala-Salvador Dalí foundation[12]
    • La charrette fantôme
    • Pain anthropomorphe
    • Gala et l'Angélus de Millet précédant l'arrivée imminente des anamorphoses coniques
    • Portrait de Gala avec deux côtelettes d'agneau en équilibre sur l'épaule
    • L'énigme de Guillaume Tell
    • L'Angélus architectonique de Millet
  • 1934
    • Le spectre du sex-appeal
    • Vestiges ataviques après la pluie
  • 1935
    • Le cavalier de la mort
    • Le visage de Mae West pouvant être utilisé comme appartement
  • 1936 :
    • Le grand paranoïaque
    • Construction molle avec des haricots bouillis : Prémonition de la guerre civile
    • Le Cabinet anthropomorphique
  • 1937
    • Girafes en feu
    • Cygnes réfléchis en éléphants
    • Métamorphose de Narcisse
    • Le Sommeil
  • 1938
    • L'Espagne
    • L'Énigme sans fin, 114,3 x 146,5 cm, Museo nacional centro de arte Reina Sofia, Madrid[13]
  • 1939
    • L'énigme d'Hitler
    • Shirley Temple, le plus jeune monstre sacré du cinéma de son temps, technique mixte sur panneau, 75 x 100 cm[14]
  • 1940
    • Famille de centaures marsupiaux[15]
    • Marché d'esclaves avec apparition du buste invisible de Voltaire
    • Vieillesse, adolescence, enfance
  • 1941
    • Autoportrait mou avec lard grillé
  • 1943
    • Enfant géopolitique observant la naissance de l'homme nouveau
    • Poésie d'Amérique - Les athlètes cosmiques
  • 1944
    • Rêve causé par le vol d'une abeille autour d'une pomme-grenade, une seconde avant l'éveil
  • 1945
    • Galarina
    • Corbeille de pain - Plutôt la souillure que la mort
    • Portrait d'Isabel Styler-Tas (Mélancolie) », huile sur toile, 65,5 x 86 cm, Fondation Gala-Salvador Dalí[16]
  • 1946
    • Demi-tasse géante volante avec annexe inexplicable de cinq mètres de longueur
    • La Tentation de Saint Antoine
  • 1947
    • Portrait de Picasso
  • 1948
    • Les Éléphants
  • 1949
    • Léda Atomica
    • La Madone de Port Lligat version 1
  • 1950
    • La Madone de Port Lligat version 2
  • 1951
    • Tête raphaëlesque éclatée
    • Christ de Saint Jean de la Croix
  • 1952
    • Assumpta corpuscularia lapislazulina
    • Galatée aux sphères
  • 1954
    • Corpus hypercubus
    • Dalí nu en contemplation devant cinq corps réguliers métamorphosés en corpuscules, dans lesquels apparaît soudainement la Léda chromosomatisée par le visage de Gala
    • Jeune vierge autosodomisée par sa propre chasteté
  • 1955
    • Étude paranoïaque-critique de la Dentellière de Vermeer
    • La Cène
  • 1956
    • Nature morte vivante
  • 1958
    • Rose méditative
  • 1959
    • La découverte de l'Amérique par Christophe Colomb
  • 1962
    • Autoportrait macrophotographique avec apparition de Gala en religieuse espagnole
    • La bataille de Tétouan
  • 1963
    • Cinquante images abstraites qui vues à 2 yards se changent en trois Lénine masqués en chinois et qui vues à 6 yards apparaissent en tête de tigre royal
    • Portrait de mon frère mort
  • 1965
  • 1967
    • La pêche aux thons
  • 1970
  • 1975
    • Gala regardant la mer Méditerranée qui à vingt mètres se transforme en portrait d'Abraham Lincoln - Hommage à Rothko
  • 1980
    • Athènes brûle !
  • 1982
    • Piétà
    • Les trois énigmes glorieuses de Gala
  • 1983
    • La Queue d'Aronde

Sculpture [modifier]

Salvador Dalí raconte qu’enfant, il fit un modelage de la Venus de Milo car elle figurait sur sa boîte de crayon : ce fut son premier essai de sculpture[4].

Dès les années 1930, Dalí s’essaye à la troisième dimension avec des objets surréalistes. Il crée des objets à fonctionnement symbolique Buste de femme rétrospectif - Buste : pain et encrier en assemblant une marotte de modiste en porcelaine peinte avec différents autres objets de récupération (1933). En 1936, Marcel Duchamp et Salvador Dalí collaboreront pour réaliser la Vénus de Milo aux tiroirs.

La sculpture restera longtemps anecdotique dans la création dalinienne, malgré de rares exceptions (Buste rhinocérontique de la Dentellière de Vermeer, 1955). Il reviendra à la création en trois dimensions dans les années 1960 et surtout 1970 avec la création du Teatre-Museu Gala Salvador Dalí : Buste de Dante (1964), Chaise aux ailes de vautour (1960), Lilith - Hommage à Raymond Roussel (1966), Masque funèbre de Napoléon pouvant servir de couvercle à un rhinocéros (1970).

Hommage à Newton (1969)

De cette époque date la réalisation de sculptures en bronze réalisées à partir de ses plus célèbres tableaux, telles que la Persistance de la Mémoire, le Profil du Temps, la Noblesse du Temps, Vénus à la girafe, Le Toréador hallucinogène, La Vénus spatiale, Alice au pays des Merveilles, l’Éléphant spatial témoignent avec une vigueur extrême de la force d’expression de ses images iconographiques surréalistes.

L'Espace Dalí présente la collection comprenant plus d’une quinzaine de sculptures originales conférant à cette exposition son statut de plus importante collection en France.

Création de bijoux [modifier]

Dalí réalise ses premiers bijoux après la guerre à New-York : The eye of time (1949), Ruby Lips (1950), The Royal heart (1953).

Architecture [modifier]

Maison de Dalí à Port Lligat

En 1939, pour l'exposition universelle, il créa le pavillon Dream of Venus. Il s'agissait d'une attraction foraine surréaliste, avec entre autres, une Vénus terrassée par la fièvre de l'amour sur un lit de satin rouge, des sirènes et des girafes. De cette maison, il n'en reste plus que le souvenir, une quarantaine de photos d'Éric Schaal, un film de huit minutes, et le somptueux quadriptyque aux montres molles, conservé au Japon.

Le peintre a fait du surréalisme un art de vivre. À Port Lligat, il a décoré sa maison à sa manière, « en prince du kitsch, de l'ironie et de la dérision ». Sa bibliothèque est volontairement inaccessible, avec des rangées de livres installées au plus haut du mur, afin que nul ne puisse les atteindre. Dans l'axe de la piscine phallique, un temple avec une grande table d'autel, où il s'abrite du soleil et reçoit ses amis. Le fond de sa piscine, à la forme phallique, est tapissé d'oursins; il s'agit d'une commande du maître au sculpteur César qui a réalisé une coulée de polyester pour « marcher sur les oursins comme le Christ a marché sur les eaux ». Le patio a la forme d'une silhouette de femme tirée de L'Angélus de Millet. Le canapé est fait selon un moulage des lèvres de Mae West. Le mur du fond, appelé « mur Pirelli » est décoré avec de grandes publicités de pneus.

Au début des années 1970, le projet du théâtre-musée à Figueres se précise enfin. Dalí prend à cœur la conception de ce musée édifié à sa gloire : « Je veux que mon musée soit un bloc unique, un labyrinthe, un grand objet surréaliste. Ce sera un musée Théâtral. Les visiteurs en sortiront avec la sensation d'avoir eu un rêve théâtral. »[17].

Littérature [modifier]

Les écrits de Dalí forment un important corpus qui n'est édité dans son ensemble qu'en espagnol. Il écrit au moins depuis l'adolescence, des poèmes, quelques textes littéraires et un journal qui a été récemment publié [18]

Il a publié de nombreux textes qui exposent ses idées, sa conception de la peinture et donnent des éléments biographiques très intéressants pour comprendre la genèse de certains de ses tableaux.

Oui expose ses conceptions théoriques dans deux grands textes : La révolution paranoïaque-critique et L'archangélisme scientifique

Deux textes autobiographiques restent les plus célèbres de l'auteur, écrits dans un style très personnel :

  • La vie secrète de Salvador Dalí[4] qui donne les éléments biographiques les plus intéressants notamment sur son enfance, ses relations problématiques avec son père et la conviction acquise dès l'enfance qu'il était un génie.
  • Journal d'un génie[8] qui couvre les années 1952 à 1963.


Dalí a écrit, pendant la guerre, un unique roman Visages Cachés[19]. Il y met en scène l'aristocratie française durant cette même guerre, et notamment la passion amoureuse de deux personnages, le duc de Grandsailles et Solange de Cléda. Cette dernière est l'illustration de ce qu'il a lui-même nommé le clédalisme ayant pour but de clore « la trilogie passionnelle inaugurée par le Marquis de Sade » dont les deux premiers éléments sont sadisme et masochisme.


Salvador Dalí a aussi illustré Fantastic memories (1945), La Maison sans fenêtre, Le labyrinthe (1949) et La Limite (1951) de Maurice Sandoz, dont il fit connaissance à New York au début des années 1940.

Œuvres complètes en espagnol [modifier]

Les éditions Destino et la fondation Gala-Salvador Dalí ont édité les œuvres complètes de Salvador Dalí en 7 volumes (en espagnol) :

Liste des Œuvres littéraires publiées en français [modifier]

  • Mon amie et la plage, 1927[20]
  • L'Âne pourri, publié le premier numéro du Surréalisme au service de la révolution, juillet 1930[20]
  • Oui. La révolution paranoïaque critique, l'archangélisme scientifique, éditions Denoël, 2004, (ISBN 2-207-25621-9)
  • Visages cachés, éditions Stock, 29 octobre 1973, N° d'édition|2720, N° d'impression|2848050187
  • La Vie secrète de Salvador Dalí. Suis-je un génie ?, édition critique établie par Frédérique Joseph Lowery à partir des manuscrits de Gala et de Salvador Dalí, éd. L'Âge d'homme, octobre 2006. Préface de Jack Spector. (ISBN 2-8251-3643-3)[21]
  • La Vie secrète de Salvador Dalí (1942) Gallimard, 2002 (ISBN 2-07-076374-9)
  • Journal d'un génie, éditions La table ronde, 1964, (ISBN 2-07-073811-6)
  • Dali/Pauwels Les passions selon Dali - Denoël 2004 (ISBN 978-2207256206)
  • Les Cocus du vieil art moderne, Grasset, collection « Les Cahiers Rouges »
  • Pensées et anecdotes, Le Cherche-Midi Éditeur, 2004, (ISBN 2-86274-372-0)
  • Journal d'un génie adolescent, éditions Le Serpent à plumes, 2006, (ISBN 2-90757-306-3)
  • Lettres à Picasso (1927-1970), Le Promeneur, 2005, Modèle:ISBN 978-2-07-077548-4

 

Œuvres cinématographiques [modifier]

Gala à la fenêtre, sculpture à Marbella

L'enfance de Dalí s'est déroulée lors de l'âge d'or du cinéma muet. Il rencontre Luis Buñuel à la résidence des étudiants à Madrid — il en fait le sujet d'un de ses premiers tableaux. Cette amitié débouche sur une collaboration qui ouvre la voie au surréalisme. En complicité avec lui, il participe à l'écriture de deux films emblématiques du cinéma surréaliste : Un chien andalou en 1929, un court-métrage de seize minutes dans lequel se succèdent, après une brutale image d'introduction (destinée sans doute à mieux marquer la scission entre monde réel et monde surréaliste), diverses scènes oniriques dotées seulement de la logique du rêve, et L'Âge d'or en 1930, un film d'une heure, jugé à l'époque insolent, le film fut interdit jusqu'en 1981.

Dalí a participé à la réalisation de plusieurs films :

  • En 1941, il écrit une première scène de rêve pour le film « Moontide » de Fritz Lang. La scène ne sera pas tournée à cause des évènements suite à l'attaque japonaise contre Pearl Harbor, Archie Mayo réalisa le film mais sans la scène imaginée par Dalí.
  • En 1945, des suites d'un brainstorming lors d'une fête chez Jack Warner, il commença à réaliser avec Walt Disney un dessin animé nommé Destino. Malheureusement, le travail fut à l'époque arrêté au bout de quelques mois par les studios pour cause de problèmes financiers suite à la guerre[22]. Dalí et Disney s'appréciaient beaucoup, et Dalí considérait le cinéaste comme un « grand surréaliste Américain » (great American surrealist) au même titre que les Marx Brothers et Cecil B. DeMille[22]. Des dizaines d'années après, Roy E. Disney retrouve le travail de Dalí et décide de reprendre le projet après avoir constaté que les droits légaux sur ces tableaux revenaient à Disney[22]. Les ingrédients de ce film sont présents dans le tableau de Dali Melancholy, Atomic Uranic Idyll daté de 1945[réf. nécessaire].
  • Il a aussi écrit un scénario pour les Marx Brothers, intitulé « Giraffes on Horseback Salad ». Le film ne sera jamais réalisé, mais il en reste les esquisses.
  • en 1945, pour le film d'Alfred Hitchcock, La Maison du docteur Edwardes, il réalisa le décor de la scène du rêve (spellbound). Dans cette scène, Gregory Peck, psychanalysé par Ingrid Bergman, voit un rideau d'yeux grands ouverts — idée reprise du film Un chien andalou — et des ciseaux énormes qui découpent paupière et rétine. On y voit aussi une cagoule de pénitent, une pente neigeuse, une roue molle, des cartes à jouer blanches et des ailes géantes poursuivant de petits personnages. Deux autres séquences ne furent pas retenues : la première, quinze énormes pianos à queue accrochés au plafond de la salle de bal se balançant au-dessus de silhouettes en carton placées en ordre décroissant, la deuxième, l'actrice Ingrid Bergman se transformant en statue. Dalí déclara : « Hitchcock est l'un des rares personnages que j'ai rencontrés récemment à posséder un certain mystère. »

Dalí a produit lui-même quelques films :

  • des courts films expérimentaux surréalistes où il se met en scène :
  • au cours des années 1950, réalisé par Robert Descharnes « L'aventure prodigieuse de la dentellière et du rhinocéros », association d'images et objets par la courbe logarithmique et le nombre d'or.
  • en 1975, réalisé par José Montes Baquer « Impression de la Haute Mongolie (Hommage à Raymond Roussel »[23]. Dans ce film, Salvador Dalí raconte l'histoire d'un peuple disparu dont il a retrouvé la trace au cours d'un voyage en « Haute Mongolie ». En fait, l'histoire est complètement inventée. Il a suffi à Dalí de déposer un peu de son urine sur la bague d'un stylo, d'attendre que la corrosion agisse, d'en filmer les effets à distance macro et microscopique, le tout agrémenté d'un commentaire d'« historien ».

Les rapports de Dalí avec le cinéma ont fait l'objet en 2004 d'un film documentaire intitulé Cinéma Dalí. Depuis juin 2007 et jusqu'en septembre 2007, la Tate Modern à Londres propose une rétrospective de son travail en rapport avec le monde du cinéma. Mais plus récemment le cinéaste Marie-Dominique Montel a collaboré avec Christopher Jones, l'expert du cinéma dalinien et cinéaste lui aussi pour réaliser un film Le cinéma selon Dalí. Prévu pour 2010, ce film qui raconte les idées du peintre dans le domaine du cinéma compte avec la participation de Catherine Millet et José Montes Baquer.

Autres films :

  • Jean-Christophe Averty & Robert Descharnes « L'Autoportrait mou de Salvador Dalí », 1967[20]
  • Réclame publicitaire pour le chocolat Lanvin, 1968 : un seul plan dans lequel Dalí, debout et face à la caméra dit « Yé souis FOU! ... dou chocolat Lanvin! »
  • 2009 : Little Ashes, de Paul Morrison, avec Robert Pattinson dans le rôle de Salvador Dalí.

Le monde du théâtre [modifier]

Dalí a également participé à plusieurs projets liés au théâtre :

Pendant son séjour new-yorkais, Dalí réalise plusieurs toiles de fond, décors et costumes pour des ballets[5] :

  • Bacchanale (1939)
  • Labyrinth (1941)
  • Helena (1942)
  • Roméo et Juliette (1942)
  • Café de Cinitas (1943)
  • Tristan Fou (1944)

Le monde de la mode [modifier]

Dalí, tout au long de sa vie et de son œuvre, a maintenu une longue et intense relation avec le monde polymorphique de la mode. Dans son désir permanent de matérialiser la capacité créative sans limite qui le singularisait, il explora les registres créatifs les plus hétérogènes du secteur de la mode, en laissant dans chacun d’eux sa marque de fabrique particulière.

  • Dans le cadre de la pièce Bacchanale, il collabora avec Coco Chanel pour dessiner les costumes et les décors
  • Dans les années 1930, il participa à la création de quelques modèles de chapeau dont un célèbre en forme de chaussure, et avec la couturière Elsa Schiaparelli, il créa la robe « homard » ;
  • en 1950, avec Christian Dior, il imagina le fameux Costume de l'année 1945 à tiroirs.
Rhinocéros de Dalí à Puerto Banús (la sculpture pèse 3,6 tonnes)

Parmi les inventions daliniennes dans le domaine de ce que nous pourrions appeler « la mode virtuelle » — puisque ses modèles sous forme d’écritures et de dessins, n’ont pas été réalisés — nous pouvons citer :

  • Les robes, avec de fausses intercalaires et bourrées d’anatomies factices, destinées à exciter l’imagination érotique, comme Dalí lui-même le commentait dans Vogue : « Toutes les femmes avec de faux seins dans le dos — insérés exactement à la place des omoplates — jouiront d’un aspect ailé. »
  • Le maquillage au niveau des joues creuses pour éliminer les ombres sous les yeux.
  • Les lunettes kaléidoscopiques particulièrement recommandées en voiture pendant les voyages ennuyeux.
  • Les faux ongles composés de mini miroirs dans lesquels on peut se contempler, spécialement adaptés pour accompagner les costumes du soir.
  • Les chaussures musicales de printemps pour égayer les promenades.

Mais Dalí ne se limita pas à imaginer des croquis de mode « virtuels », il collabora aussi à la réalisation de dessins « réels » comme :

  • Les robes qu’Edward James lui demanda de créer pour son amie l’actrice Ruth Ford et qui furent réalisées par Elsa Schiaparelli, la couturière italienne de Haute Couture installée à Paris, avec qui il collabora tout au long des années 1930 pour les motifs des tissus et pour les dessins de décoration de ses robes et chapeaux, parmi eux, le célèbre « chapeau-chaussure » qui fait déjà partie de l’imaginaire du surréaliste.
  • Les modèles pour les représentations sur scène : de ses premiers croquis avec la réalisation des costumes du modèle Mariana Pineda jusqu’à ses dessins pour de nombreux ballets et œuvres de théâtre, dans lequel participaient parmi les plus connus, les modèles que son amie Coco Chanel avait créés pour « Bacchanale », le premier ballet « paranoïaque-kinétique ».
  • Les maillots de bain féminins qui compriment totalement les seins, pour camoufler le buste et donner ainsi un aspect angélique.
  • Le smoking aphrodisiaque recouvert de verres de liqueur remplis de peppermint frappé.
  • Les cravates que Georges McCurrach lui demanda de dessiner avec les motifs iconographiques emblématiques Dalíniens : les lèvres collées à un téléphone-langouste, des fourmis pullulant sur les montres molles…
  • Le design capillaire de ses moustaches-antennes métamorphiques.
  • Les flacons de parfums dalíniens, de « Rock and Roll » dessinés par Mrs Mafalda Davis — une « eau de toilette » pour homme qui se vendait plus cher que Dior — jusqu’à son dernier parfum dont le flacon s’inspirait de « L’apparition du visage de l’Aphrodite de Cnide dans un paysage. », en passant par « Shocking », le parfum rose de Schiaparelli dont il réalisa la publicité.

Les fantastiques bijoux que Gala, grande admiratrice du bijoutier mythique Fabergé, l’invita à dessiner à partir de ses propres iconographies.

  • La publicité pour les entreprises de mode américaine—comme la célèbre campagne de publicité pour les bas Bryans que Vogue publia.
  • Les déguisements pour les danses de carême, en commençant par la polémique sur la tenue de Gala dans « la danse onirique » réalisée en son honneur par Caresse Crosby dans le Coq Rouge de New York, jusqu’aux robes vénitiennes démesurément longues pour le « Bal du siècle » au palais de Charles de Beistegui, que Christian Dior réalisa à partir d’un dessin de Dalí.

Mais le dandy qu’était Dalí — il réussit à se faire élire Homme le plus élégant en France[réf. nécessaire] — ne s’est pas limité à concevoir des modèles pour ses femmes aux hanches proéminentes — les femmes coccyx — et imberbes au niveau des aisselles — comme les nordiques du type de Greta Garbo — au contraire, dans le cadre de son roman « Hidden Faces », il conçut une maison de couture pour les voitures aux lignes aérodynamiques : robes du soir très formelles avec d’énormes cols rabattus, toilettes du soir très élégantes aux décolletés profonds faisant ressortir les radiateurs entre des froufrous d’organdi et de larges bandes de satin pour les soirées de Gala! Hermine pour tapisser les capotes convertibles des décapotables, avec les poignées des portières en peau de phoque et manchon de bison pour couvrir le moteur ! La matérialisation de ce design Dalinien doublait automatiquement les podiums de mode et le passage des automobiles accessoirisées augmentait la part du fantastique…

Salvador Dalí crée La Toile Daligram à la fin des années 1960, à partir d'un étui de Louis Vuitton. Il réinterprète les monogrammes de La Maison Vuitton et décline sa propre ligne d'objets monogrammés, les « Daligrammes », pour lui et Gala, mais aussi pour les offrir à ses amis et aux collectionneurs de ses œuvres.

 

Photographie [modifier]

Le Dali Atomicus, photo de Philippe Halsman (1948), montré avant que les fils de suspension soient enlevés.

Dalí montra aussi un réel intérêt pour la photographie à laquelle il donna une place importante dans son œuvre. Il harmonise les décors et les photographes comme un peintre travaille sa toile avec ses pinceaux. Dalí photographe est la révélation d'une partie majeure et méconnue de la création dalinienne. Il travailla avec des photographes comme Man Ray, Brassaï, Cecil Beaton, Philippe Halsman. Avec ce dernier il créa la fameuse série Dalí Atomicus. C'est sans aucun doute Robert Descharnes, son ami collaborateur-photographe pendant 40 années, qui a fait le plus de clichés de Dalí, l'homme et son œuvre.

Dalí à Paris en 1934, par Carl Van Vechten

Avec le photographe de mode Marc Lacroix, Dalí posa, en 1970, pour une série de portraits où il s'est mis en scène, dans des photos délirantes : « Dalí à la couronne d'araignée de mer », « Dalí à la chemise d'Elvis Presley », « Dalí à l'oreille fleurie », « Avida Dollars », avec le portrait de Dalí, au-dessus d'une enseigne de la Banque de France, entouré de billets à son effigie, « Dalí en extase au-dessus d'un nid d'oursins dans la piscine phallique », etc. Toujours avec Marc Lacroix, il va tenter une expérience à laquelle il songe depuis toujours : la peinture en trois dimensions, qui se concrétisera dans le tableau « Huit Pupilles », fait à l'aide d'un appareil-prototype à prise de vue stéréoscopique : des images doubles presque similaires qui observées simultanément deviennent, par la magie des lois de l'optique, une seule et même image avec une profondeur.

L'une des images les plus marquantes est celle du peintre coiffé d'un chapeau haut de forme sur les côtés duquel il a disposé des masques de Joconde. Selon Thérèse Lacroix il l'a créé pour sa participation à un bal donné par la baronne Rothschild. Seule une moitié du visage de Dalí apparaît au milieu des sourires énigmatiques figés

Thèmes picturaux récurrents [modifier]

Nature [modifier]

  • Crique de Port Lligat et rochers du cap de Creus  : La crique de Port Lligat mais aussi le port de pêche ou le devant de la maison du peintre apparaissent dans un nombre incalculable de tableaux à partir de l'installation du couple en 1930. Les parages du cap de Creus représentait pour Dalí « le paysage le plus concret du monde »[4]. Ses rochers aux angles acérés et aux formes étranges sont bien connus des promeneurs de Cadaques. Dalí les a souvent utilisés dans ses toiles (exemples : Le Grand masturbateur, 1929 ; Le Nez de napoléon transformé en femme enceinte promenant son ombre parmi les ruines originales, 1945)[17]
  • Grand masturbateur : L'image composite et d'allure énigmatique apparaît en 1929 dans le Portrait de Paul Eluard[5]. Il est composé de plusieurs éléments parfois variables : paupière, cils, le tout reposant sur un nez de profil. Une sauterelle est souvent représentée la tête en bas, proche de la place de la bouche. Très présent de 1929 à 1931 (Le Grand masturbateur 1929 , Le jeu lugubre 1929 , Persistance de la mémoire- Les montres molles 1931). Outre la symbolique propre à l'auteur, l'allure générale est celle d'un important rocher visible près du cap de Creus que Dalí connaisait bien[17].
  • Fourmis : Très présentes depuis 1929 (Portrait de Paul Eluard), elles ont le plus souvent un caractère morbide peut-être en rapport avec une scène d'enfance où, après avoir recueilli une petite chauve-souris blessée, il la retrouve le lendemain matin agonisante : « la chauve-souris, couverte de fourmis frénétiques, râle, la gueule ouverte, découvrant des dents de petite vieille »[4].
  • Âne pourri : Présent dans le film Un chien andalou (1929) et dans plusieurs toiles de cette même époque (Le miel est plus doux que le sang 1927 , Cenicitas 1928, L'Âne pourri 1928), de même que plusieurs cadavres d'animaux en putréfaction. Ces images rappellent la scène traumatisante du cadavre de son hérisson apprivoisé, envahi par une armée de vers : « son dos hérissé de piquants se soulevait sur un grouillement inouï de vers frénétiques »[4].
  • Rhinocéros : La figure géométrique de la corne du rhinocéros sera utilisée par Dalí dès 1951 (Tête raphaëlesque éclatée) puis surtout vers 1955 (Étude paranoïacritique de la Dentellière de Vermeer). Il explique que Modèle:Cotation
  • Mouches : Dalí adorait les mouches de Port Lligat, il les laissait couvrir son corps et les considérait comme « les fées de la Méditerranée »[8]. Michel Déon raconte qu'il se faisait un délice de la lecture de l'Éloge de la mouche par Lucien de Samosate[8].
  • Sauterelles : Enfant, il avait une peur panique des sauterelles, que ses condisciples lui envoyaient parfois en plein cours[4]. Les sauterelles seront présentes surtout dans les années 20-30 et souvent associées au grand masturbateur.
  • Oursin : Comme son père[18]. (qui se cachait pour les déguster), Dalí adorait manger les oursins qu'on lui ramenait de la mer toute proche. Il les utilisa dans son œuvre picturale (La Madone de Port Lligat 1950), en photographie, et même comme artiste en enfilant une paille dans leur bouche et dont les mouvements venaient dessiner des formes sur un écran (le film de cet étonnante prouesse est disponible sur le site de l'INA[24]). Il s'agit sans aucun doute de la première utilisation d'un échinoderme comme artiste pictural.

Nourriture [modifier]

  • Pain : figure picturale essentielle, présente dès 1926 (Corbeille de pain). La très classique Corbeille de pain, Plutôt la mort que la souillure de 1945 trône à la place d'honneur des œuvres de Dalí présentées dans le Teatre-Museu Gala Salvador Dalí de Figueres, exprimant l'importance de ce tableau. Durant sa première traversée transatlantique, Il rêve de fabriquer un pain de 15m[4]. Sa symbolique semble majeure pour Dalí : « Le pain a été l'un des thèmes de fétichisme et une des obsessions les plus anciennes de mon oeuvre, le premier, celui auquel je suis resté le plus fidèle[17]. »
  • Œuf sur le plat, sans le plat : Leur image rappelle à Dalí les phosphènes qui apparaissent quand on comprime les globes oculaires. Il les associe à une souvenir intra-utérin[4].

Divers [modifier]

  • Montres molles : La création picturale peut-être la plus connue de Dalí, elles coulent comme un camembert : « Les montres molles sont comme du fromage, et surtout comme le camembert quand il est tout à fait à point, c’est-à-dire qui a la tendance de commencer à dégouliner. Et alors, mais quel rapport entre le fromage et le mysticisme ? [...] Parce que Jésus, c’est du fromage[25]. »
  • Dos et fesses : Les dos et les fesses des femmes sont présentent très tôt dans l'oeuvre, en particulier sur les portraits de sa sœur Anna-Maria à Cadaquès (Personnage à une fenêtre 1925, Jeune fille de dos (Anna Maria) 1926). Plus tard, un tableau plus explicite comme Jeune vierge auto-sodomisée par sa propre chasteté (1954) éclairera le sens érotique de ces poses.
  • Gala : La muse apparaît en 1931 dans une oeuvre minuscule (Premier portrait de Gala), véritable tour de force de miniaturiste, exposée au Teatre-Museu Gala Salvador Dalí avec une loupe pour mieux apprécier les détails. Ses portraits seront ensuite très nombreux, son visage et sa coiffure caractéristique la faisant reconnaître aisément. Elle apparaît de face (L'angelus de Gala 1935) ou de dos (Ma femme, nue, regardant son propre corps devenir, trois vertèbres d'une colonne, ciel et architecture 1945), nue (Leda Atomica 1949), en Vierge Marie (La Madone de Port Lligat 1950), un sein nu (Galarina 1945).
  • Béquilles : La découverte d'une paire de béquilles abandonnées dans la maison des Pitchot où il se reposait fut une révélation. Elle devinrent immédiatement un objet fétiche qu'il reproduira longtemps, souvent pour soutenir un appendice mou. On y décèle l'angoisse de l'impuissance qui domine chez Dalí avant sa rencontre sexuelle avec Gala.
  • Excréments : En 1929, la présence dans le tableau Jeu lugubre d'un homme portant un caleçon maculé fit scandale dans le petit cercle surréaliste. Gala fut envoyée en délégation pour s'assurer que le jeune catalan n'avait pas de penchant coprophage, ce qui les horrifiait. Gala put les rassurer, en même temps qu'elle mit en garde Dalí contre l'état d'esprit très « petit-bourgeois » d'un groupe d'artiste qui se réclamait pourtant d'une sincérité totale[4].

Œuvres artistiques [modifier]

  • L'Angélus de Millet : la peinture de Millet devient une véritable obsession chez Dalí à partir de 1929 (Monument impérial à la femme-enfant, Gala - Fantaisie utopique), ses personnages apparaissant toujours dans La Gare de Perpignan de 1965. Dalí s'est souvent expliqué sur l'érotisme du tableau, en même temps que sur sa conviction que le couple priait autour du cercueil de leur enfant mort. De façon étonnante, une radiographie réalisée au Louvre révèle une zone sombre et rectangulaire, sous la terre, entre les deux personnages[26].
  • Vénus de Milo : Référence occasionnelle, elle apparaît d'abord dans une sculpture détournée avec son ami Marcel Duchamp, puis comme une image se métamorphosant en torero dans le torero hallucinogène.

Abécédaire dalinien [modifier]

Avida Dollars [modifier]

Les artistes et les intellectuels avant-gardistes du vingtième siècle, y compris les plus marxistes, ont souvent dissimulé leurs liens étroits avec le marché capitaliste de l’art et de la littérature. En revanche, Dalí, qui adorait aller à contre-courant, a toujours fait étalage de sa passion pour l’argent. Et ainsi, lorsque André Breton, voulut le dénigrer en formant le sobriquet « avida dollars » - anagramme de Salvador Dali - celui-ci prit à son compte ce surnom, dans le but de provoquer, et le convertit en l’un de ses symboles les plus significatifs, de telle façon qu’il fait désormais partie de sa « légende dorée ».

En réplique à André Breton, Dalí déclara que sa prudence lui conseillait dans son adolescence de devenir autant que possible « légèrement multimillionnaire ». Plus tard, revenant sur cette affaire, il dit « Ce fut André Breton, pour piquer à vif mon attirance pour l'or, qui inventa cette anagramme… Il croyait ainsi mettre au pilori mon admirable nom, mais il n'a rien fait d'autre que composer un talisman… L'Amérique m'a accueilli comme l'enfant prodige et m'a couvert de dollars… L'or m'illumine et les banquiers sont les suprêmes prêtres de la religion Dalínienne. »[réf. nécessaire]

Famille [modifier]

  • Mère, Felipa Domènech Ferrès (1874-1921) : apparaît étonnamment peu dans l'oeuvre picturale (Portrait de la mère de l'artiste, Dona Felipa Domenech de Dali 1920). Sa mort fut pourtant un drame absolu pour l'adolescent : « La mort de ma mère fut le plus grand de tous mes désespoirs[4]. »
  • Père, Salvador Dalí y Cusi (1872-1950) : Notaire à la forte personnalité et au caractère difficile. Il est présent dans plusieurs tableaux du début de la carrière du peintre (Le Père de l'artiste au Llané 1920, Portrait de mon père 1925). Dalí s'enorgueillira d'avoir vaincu l'autorité paternelle en citant Freud : « Est un héros celui qui se révolte contre l'autorité paternelle et la vainc[4]. » Leurs rapports seront souvent conflictuels, une longue brouille les opposera après qu'un ami catalan aura révélé en 1929 à la famille remplie d'horreur que Salvador avait écrit dans un de ses tableaux : « Parfois je crache avec plaisir sur le portrait de ma mère. » Le père et sa sœur n'ont su comprendre le message du fils et Salvador sera exclu du cercle familial pendant de nombreuses années. Le notaire de Figueres restera la seule personne que craindra Dalí jusqu'à la fin de sa vie.
  • Frère : La présence invisible du premier enfant du couple hanta l'enfance et plus tard la vie du peintre. Il portait le même prénom que le peintre et il s'identifia toute sa vie à ce jumeau obsédant : « Je naquis double. Mon frère, premier essai de moi-même, génie extrême et donc non viable, avait tout de même vécu sept ans avant que les circuits accélérés de son cerveau ne prennent feu[2]. » Il apparait en 1963 dans Portrait de mon frère mort.
  • Soeur Anna-Maria Dalí (1908-1990) : fut son premier modèle régulier, il la peignait debout ou assise, le plus souvent devant une fenêtre donnant sur la mer dans les années 1920. Leurs rapports furent aussi difficiles, ils se brouillèrent une première fois en 1929 puis plus tard, quand Anna-Maria publia ses souvenirs sur son frère, sans son accord[27].

Folie et délire [modifier]

Dalí ne cessera jamais de répéter un de ses mots les plus connus : « La seule différence entre un fou et moi, c'est que je ne suis pas fou[4][8][2]. » Mais reconnait que sans Gala, il serait sans doute devenu fou à l'époque du 'Spectre du sex-appeal (1934) [28]. Le délire, et en particulier le délire paranoïaque, restera un moteur créatif permanent.

Freud et la psychanalyse [modifier]

À l'instar des autres surréalistes, Dalí se passionna pour les travaux récents de la psychanalyse dans laquelle il trouva une base scientifique à ses recherches picturales sur ses fantasmes et ses délires. Il se piqua un temps de participer à la recherche théorique et publia quelques textes. Il chercha longtemps à rencontrer Sigmund Freud, ce fut enfin possible grâce à leur ami commun Stefan Zweig à Londres en 1938. Dalí raconte avec humour cet entretien où il tente de présenter ses travaux scientifiques à un Freud vieilli et malade qui ne remarqua de Dalí que son aspect extérieur, il dit à Zweig : « Je n'ai jamais vu aussi parfait prototype d'Espagnol. Quel fanatique ![4] »

Gala [modifier]

Helena Dmitrievna Delouvina Diakonova (1894-1982) mieux connue sous le surnom de Gala entre dans la vie du peintre à l'été 1928 quand elle vient en vacances avec son mari Paul Éluard et leur fille Cécile à Cadaquès, chez Dali qui reçoit cet été-là un petit groupe de surréalistes parisiens[29]. C'est le coup de foudre, mais Salvador Dalí maitrise mal son émotion ce qui le fait éclater de fou rire à chaque fois qu'il approche la jeune femme. Elle parvient à le rassurer et prophétise : « Mon petit, nous n'allons plus nous quitter[4]. » Gala amènera la stabilité émotionnelle et sexuelle qui manque cruellement au jeune Salvador[28]. Elle aura toujours une influence protectrice et maternelle, indispensable à l'équilibre mental du peintre. Elle saura aussi gérer avec rigueur, voire âpreté, les intérêts financiers du couple. Leur union sera cependant rejetée par le père de Dalí qui l'appelait « la femme », ne supportant pas cette épouse divorcée, de 10 ans plus âgée que son fils[29]. Ils s'épousent civilement en 1932 puis religieusement et dans l'intimité en 1958, après la mort de Paul Éluard.

Pour Gala, Dalí achète le château de Púbol, en Catalogne où elle est enterrée[17].

Malgré deux personnalités bien peu romantiques, ils réussiront à former pour le public un couple passionnément soudé ; Salvador Dalí n'ayant jamais cessé de glorifier sa muse, de la peindre, d'exalter son influence bénéfique et d'être au désespoir au moment de sa mort[29].

Génie [modifier]

« Son génie, Dalí en a, jusqu'au vertige, la conscience. C'est, semble-t-il, un sentiment intime très réconfortant[8]. » (Michel Déon)

Médias et télévision [modifier]

Dalí découvre les journalistes et l'attrait que peut leur inspirer son personnage hors-norme en débarquant pour la première fois à New-York en 19XX[4]. Il sera sans doute un des premiers artistes à savoir manipuler à son compte les médias par des excentricités savamment distillées. Vers 1970, Dalí se fera de plus en plus virulent contre la « crétinisation » véhiculée et amplifiée par les nouveaux médias, et en particulier la télévision. Ce qui ne l'empêcha pas, bien au contraire, de les utiliser à son avantage. Si Dalí est capable de se confier avec une sincérité confondante dans certaines émissions, il deviendra de plus en plus incontrôlable dans les programmes populaires qu'il semble ouvertement mépriser. Denise Glaser par exemple en fera les frais[10].

Mort [modifier]

La mort est présente tout au long de l'œuvre depuis les premières toiles surréalistes, voire les premiers portraits de vieillards (ref). La mort apparaît tout d'abord dans son aspect physique le plus répugnant, celui de cadavres en putréfaction (ref). Plus tard, elle se fera plus discrète mais sera toujours présente dans les toiles chrétiennes (crucifixion), Portrait de mon frère mort 1963, La Pêche au thons 1967, Le Torero hallucinogène (1970).

Peu avant sa mort, il déclara « penser à la mort, surtout quand je mange des sardines en boîtes ».

Picasso [modifier]

Pablo Picasso a 25 ans de plus que Dalí, leur première rencontre date de 1927 lors de son premier voyage à Paris. Dalí lui montre une de ses petites toiles puis Picasso se met à lui montrer une quantité de ses tableaux, sans un mot, Dalí raconte qu'au moment de se quitter "Sur le pas de la porte, nous échangeâmes un regard qui disait : « Compris ? — Compris ! »[4]. Dès lors, Picasso restera tout au long de sa vie une référence constante, admirée et rivale. Il aidera aussi financièrement Dalí pour lui payer son billet de bateau pour son premier voyage à New-York[5].

Dalí reconnaît du génie à Picasso. Dans son « analyse dalinienne des valeurs » comparée des grands peintres, il lui attribue 20/20 à la catégorie « génie », à égalité avec Léonard de Vinci, Velasquez, Raphaël et Vermeer. Lui même dans une exceptionnelle modestie ne se reconnaissant qu'un médiocre 19/20[8] !

Il voulut pourtant se démarquer de son prestigieux aîné sur un point précis : « Picasso est espagnol, moi aussi. Picasso est un génie, moi aussi. Picasso est communiste, moi non plus ![2] » Cette tournure de style sera reprise par Serge Gainsbourg pour sa fameuse chanson à scandale : Je t'aime… moi non plus.

Dalí raconte en 1952 que tous les ans, vers le 1er juillet, il envoie une carte postale à Picasso lui rappelant le proverbe « En juillet, ni femme ni escargot[8]. » Les lettres de Dalí à Picasso viennent d'être récemmment publiée[30]

À la fin de sa vie, il se permettra d'être plus critique sur la peinture de Picasso : « Picasso refuse la légitimité ; il ne prend pas la peine de corriger, et ses tableaux ont de plus en plus de jambes, tous ses hâtifs repentirs sortent avec le temps ; il s'est fié au hasard ; le hasard se venge[2]. »

Politique [modifier]

Les rapports de Dalí avec la politique seront souvent équivoques et mal compris. Adolescent, Dalí « penchait vers l'anarcho-syndicalisme radical »[18], suit avec passion la révolution russe et la progression de l'armée rouge de Trotsky et se définit à l'époque lui-même comme socialiste[18]. Il est même arrêté et emprisonné pendant quelques semaines à Gérone pour agitation révolutionnaire[5]. Mais sa vision politique va évoluer progressivement vers un « anarchisme violemment antisocial »[18] puis un apolitisme provocateur. Son individualisme viscéral ne pouvait sans doute pas s'accommoder à long terme d'un mouvement populaire. Il provoquera en 1934 la colère des surréalistes en représentant Guillaume Tell sous les traits de Lénine ce que André Breton considérera comme un « acte anti-révolutionnaire »[5]. La rupture sera complète quand Dalí portera des propos ambigus sur Hitler à la fin des années 30. Ce sera l'occasion d'un « procès » mené par Breton contre Dalí qui se terminera par l'exclusion définitive du peintre[5]. Dalí fuira juste à temps l'Espagne au moment de l'embrasement de la guerre civile[4].

Après son retour à Cadaques en 1948, il affichera désormais un monarchisme presque mystique, sans doute un moyen pour lui de ne pas soutenir directement le régime franquiste. Il revendique lui-même son ralliement et son apologie de la monarchie espagnole comme une trahison à la bourgeoisie, sa classe sociale d'origine[31]. Commencé à l'extrême-gauche, son parcours politique bascula à droite, Dalí étant surtout soutenu dans les années 50 et 60 par les intellectuels français de droite, comme Louis Pauwels[2] ou Michel Déon[4].

Revenu en Catalogne après la guerre, Dalí est devenu plus proche du régime franquiste. Selon Vicente Navarro, il aurait félicité le général Franco pour ses actions visant à « éclaircir l'Espagne des forces destructrices » (clearing Spain of destructive forces)[32]. Selon la même source, il aurait envoyé des télégrammes à Franco, le félicitant pour la signature d'ordres d'exécution pour quatre prisonniers politiques.

Port Lligat [modifier]

Quand Dalí et Gala veulent s'installer à Cadaques, le père notaire qui a alors rejeté son fils use de toute son influence pour lui interdire la ville. Le couple trouve alors refuge dans une petite crique toute proche, uniquement fréquentée par une poignée de pêcheurs « homériques » selon son expression. Malgré leur peu de fonds, ils parviennent à acquérir en 1930 une minuscule cabane de pêcheur de 2 m sur 2 m. Puis, la fortune du peintre aidant, ils parviennent à acheter une à une les petites maisons alentours et en construire d'autres pour former un ensemble d'aspect hétéroclite mais architecturalement homogène qui deviendra le centre du monde dalinien. « Je ne suis chez moi qu'ici, partout ailleurs, je ne suis que de passage[17]. »

Science [modifier]

Dalí était un avide lecteur de littérature scientifique qui recherchait la compagnie des hommes de science, parmi lesquels des prix Nobel, avec lesquels il pouvait discuter aussi bien de mécanique quantique que de mathématiques ou de génétique. Sa fascination pour la science se retrouve dans son art. Cet aspect méconnu de sa personnalité a fait l'objet en 2004 d'un film documentaire intitulé The Dali Dimension: A Genius’ Lifelong Obsession with Science et il a été abordé lors du colloque international « Salvador Dalí à la croisée des savoirs » qui a eu lieu en Suisse en 2005.

Dalí, dans le préambule de son Manifeste de l’Antimatière (1958) explique que : « Durant la période surréaliste, j’ai voulu créer l’iconographie du monde intérieur, le monde merveilleux de mon père Freud et j’y suis arrivé. À partir des années 1950, le monde extérieur — celui de la physique — a transcendé celui de la psychologie. Mon père, aujourd’hui, est le Docteur Heisenberg. », se référant au chercheur allemand, spécialisé dans le domaine de la mécanique quantique, qui reçu le Prix Nobel en 1932. Désintégration de la persistance de la mémoire, née entre 1952 et 1954 et qui reprend La Persistance de la mémoire (1931), constitue une œuvre emblématique de cette soi-disant reconversion des coordonnées de la cosmogonie psychanalytique en coordonnées de la quatrième dimension, modulées par la relativité de l’interaction spatio-temporelle au sein de l’équation espace-temps : une nouvelle cosmogonie engendrée par la Révolution scientifique du milieu du siècle dernier.

Surréalisme [modifier]

La rencontre avec le groupe des surréalistes est l'évènement majeur des premières années de création. C'est pendant l'hiver 1928-1929, lors du deuxième voyage de Dalí à Paris, que Miró l'introduit dans le groupe surréaliste, il fait la connaissance de Arp, Magritte, Paul Éluard[3]... Attiré par sa personnalité extravagante, une partie du groupe fait le voyage à Cadaques pendant l'été. Ce sera l'occasion de la fameuse rencontre avec Hélène (Gala) Éluard, il ne se quitteront plus. Le 20 novembre 1920 c'est André Breton qui présentera l'exposition Dalí à la gallerie Goemans[3]. Dalí trouve dans les recherches créatives des surréalistes une base théorique parfaite pour exprimer son inventivité délirante. La figure de Breton aura une grande importance pour Dalí à cette époque, ce sera une sorte de père spirituel, qu'il lui faudra une fois encore affronter et vaincre, comme le notaire de Figueres[5]. Car les rapports avec les surréalistes vont progressivement se distendre à mesure que Dalí n'aura plus besoin d'eux et qu'il va suivre sa voie propre et fondamentalement individualiste. Le désaccord se cristallisera sur des arguments politiques, les utilisations de l'image de Lénine jugées douteuses par le groupe et surtout des propos ambigus sur Hitler. À l'issue d'un mémorable « procès », Dalí sera définitivement exclu du mouvement, ce qui ne gênera que bien peu Dalí. Il se considèrera dès lors comme le seul vrai artiste surréaliste[5]

Divers [modifier]

Anecdotes [modifier]

Salvador Dalí avec son ocelot.
  • Il fut demandé à Dalí de réaliser une œuvre sur une vitrine d'un magasin new-yorkais afin de lancer une nouvelle marque de parfum appelée « Fracas ». Le jour du lancement, Dalí n'avait toujours pas réalisé l’œuvre demandée. À son arrivée, il lança un pavé dans la vitrine du magasin.
  • Un jour, à Paris, alors qu’il habitait l’Hôtel Meurice, rue de Rivoli, il convoqua la presse. Dans sa suite se trouvaient préparés des sacs en papier contenant des peintures liquides. Dalí, solennellement, ouvrit la porte-fenêtre, s’avança sur le balcon et jeta les sacs de peinture sur les voitures en stationnement : la peinture « Explosion » venait de naître.
  • En 1955, Dalí accepte de donner une conférence à la Sorbonne. Il crée l'événement en arrivant en Rolls-Royce jaune et noire, remplie de choux-fleurs qu'il distribue en guise d'autographes !
  • Sur la fin de sa vie, il distribuait à ses visiteurs des feuilles blanches signées de son nom, en leur disant : « Tenez, faites donc du Dalí et enrichissez-vous ! »
  • Dalí entretenait une véritable relation amicale avec le chanteur de hard rock Alice Cooper. Les deux artistes s'admiraient mutuellement, Cooper usant d'une toile de Dalí pour illustrer son album DaDa en 1983, après que ce dernier lui avait dédié dix ans plus tôt un hologramme intitulé Premier cylindre. Portrait du cerveau de Alice Cooper[33]
  • En 1972, alors qu'Elvis Presley lui rend visite, Dalí est tellement fasciné par sa chemise « country » à motifs brodés et boutons de nacre que le chanteur la lui offre. Il la porte alors pour peindre « Dalí avec la chemise d'Elvis ». Le maître racontera au couple Lacroix : « Quand Elvis Presley est venu me rencontrer dans mon atelier il a tout de suite remarqué que j'étais fasciné par sa chemise country. Au moment de partir il m'a dit : « Vous aimez ma chemise ? » Oui. Beaucoup. Sans un mot il a défait les boutons et est reparti torse nu. Depuis je ne la quitte jamais pour peindre. »

Dixit [modifier]

En préface au Journal d'un génie, Michel Déon résume l'originalité du peintre :

« (…) ce qui est le plus aimable, en Dalí, ce sont ses racines et ses antennes. Racines plongées profondément sous terre où elles vont à la recherche de tout ce que l'homme a pu produire de succulent (selon un de ses trois mots favoris) en quarante siècles de peinture, d'architecture et de sculpture. Antennes dirigées vers l'avenir qu'elles hument, prévoient et comprennent avec une foudroyante rapidité. Il ne sera jamais assez dit que Dalí est un esprit d'une curiosité insatiable. »

Jean Dutourd, de l'Académie française a écrit :

« Salvador Dalí, qui était très intelligent, avait compris plusieurs choses qui, généralement échappent aux artistes, la première étant que le talent (ou le génie) est une baraque foraine. Pour attirer les clients, il faut bonimenter, avoir la langue bien pendue, faire des pitreries et des cabrioles sur une estrade. C'est en quoi Dalí, dès ses débuts, excella. Il considérait qu'il était le plus grand peintre du XXe siècle, c’est-à-dire un artiste classique ayant eu la malchance de tomber dans une basse époque de son art. Les Trissotin de l'intelligentsia occidentale et les bourgeois à leur suite faisaient la loi, c'est-à-dire l'opinion. »
« Il y a deux façons de se concilier ces gens-là, dont dépendent les réputations ; la première est d'être aussi grave qu'eux, aussi imbu de sa dignité. Ils reconnaissent aussitôt un membre de la tribu et savent le lui montrer. L'inconvénient est que pour réussir une telle attitude il faut être soi-même un peu un imbécile, (…) Il ne lui restait que l'autre issue qui est la provocation, c'est-à-dire les extravagances et l'imprévu en pensée autant qu'en paroles, la sincérité brutale, le goût de la facétie, l'iconoclastie à l'égard de tout ce qui est à la mode et de ce fait est intouchable. »

L'historien de l'art Michael Peppiatt écrit à son propos :

« Dalí est passé de la brillance subversive de sa jeunesse à une vacuité grandissante et à un exhibitionnisme rémunérateur. »

Andrew Strauss, expert spécialiste du surréalisme chez Sotheby's, fait remarquer :

« Dalí a travaillé à la construction de sa popularité à l'échelle mondiale. Il a précédé Andy Warhol dans cette stratégie du culte de l'artiste star. »

Thérèse Lacroix, l'épouse et collaboratrice de Marc Lacroix qui durant dix ans rendra visite à de nombreuses reprises à Dalí et à Gala, observa :

« Il était impressionnant par son regard et son port de tête. Il était altier mais amusant, ne se prenait pas au sérieux. »
La gare de Perpignan, « centre cosmique du monde » selon Dalí en parlant de sa façade.

Marché de l'art [modifier]

Les peintures de Salvador Dalí sont des œuvres très recherchées par les collectionneurs d'art.

  • L'huile sur bois Ma femme nue regardant son propre corps devenir marches, trois vertèbres d'une colonne de 1945 a été vendue chez Sotheby's à Londres le 4 décembre 2000 pour 2 600 000 £ soient 4 274 140 euros[34].
  • L'huile sur toile Echo nostalgique de dimensions 96,5 cm x 96,5 cm a été vendue chez Sotheby's à Londres le 2 novembre 2005 pour 2 368 000 $ soient 2 028 665 euros[35].

Bibliographie [modifier]

  • Amanda Lear, Mon Dalí, éd. Michel Lafon, 2004
  • Jean-Christophe Argillet, Le Siècle de Dalí, éd. Timée, 2004
  • Robert Descharnes et Nicolas Descharnes, Salvador Dalí,
  • Michel Nuridsany, Dalí, éd. Flammarion, 2004
  • Robert Descharnes et Gilles Néret, Salvador Dalí 1904-1989, Taschen,
  • Robert Descharnes et Gilles Néret, Dalí : l'œuvre peint Coffret 2 volumes. Tome 1 : 1904-1946. Tome 2 : 1946-1989., Taschen,
  • Robert Descharnes et Nicolas Descharnes, Dalí. Le dur et le mou, Sortilège et magie des formes Sculptures et Objets, Eccart, 2003, (ISBN 2-9521023-0-9)
  • Robert Descharnes, Éditions Ramsay, Dalí. L'héritage infernal, 2002, (ISBN 2-84114-627-8)
  • Gilles Néret, Dalí, Taschen, 2000, (ISBN 3-8228-5947-8)
  • Jean-Gabriel Jonin, Jours intimes chez Dalí, Rafael de Surtis-Editinter, 2006.
  • Lire Dalí, La revue des Sciences humaines, collection d'essais réunis par Frédérique Joseph-Lowery, no 262,
  • Catherine Millet, Dalí et moi. livre sur la vie sexuelle de Dalí.
  • Astrid Ruffa, Philippe Kaenel, Danielle Chaperon (éd.), Salvador Dalí à la croisée des savoirs, Paris, Éd. Desjonquères, 2007.
  • Jean-Pierre Thiollet, Carré d'Art (Salvador Dalí), Paris, Anagramme Éd., 2008
  • Dalí, l'univers fantasmagorique - Musée Dalí, Espace Montmartre
  • Jordi Puig, Sebastià Roig Dalí, le triangle de l'Ampourdan - Triangle Postals 2004 (ISBN 84-878-12-7)
  • Ignacio Gomez de Llano, Dalí, Albin Michel 1983 (ISBN 2-226-01855-7)

Articles connexes [modifier]

Expositions [modifier]

Notes [modifier]

 



 
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